Les rois

Dans le sable, dans la tempête, j’étais là.

Je l’ai vue. Je l’ai vue telle qu’elle devrait être. J’ai vu la majesté, la gloire, l’opulence, la terrible puissance orgueilleuse et écrasante, d’un empire si haut qu’il en touchait le soleil.

Pourtant, tout n’est que poussière à présent. Les pierres éternelles s’effritent, et dans l’avalanche de gravillons, animés par des vents tournoyants et destructeurs, disparaît la superbe éternelle d’un témoignage d’un autre temps.

S’il y a un lieu qui doit se faire appeler le cimetière des rêves, c’est bien celui-ci.

Les rêves éternels d’avoir un sanctuaire à la mesure de son ambition, imposant, s’élevant dans un désert si aride qu’on croire jamais rien y grandir. Oui, je le vois bien entre deux déferlantes de sable, ces tétraèdre délirants sont toujours là, et ils semblent presque éternels.

Mais pourtant, qui s’est endormi dans le sable et retourné à la poussière. Grâce à la Pierre, on reconnaît certain noms qui reposeraient dans cette nécropole du désert, mais pour autant, saurait-on vraiment les aduler comme des dieux, comme ils l’auraient sûrement désiré ? Pour nous, ils restent des étrangers, des fous, des puissants assurément, mais bien malgré eux ils nous apprennent surtout une leçon et la plus importante de toutes : tout un jour s’effrite, il n’y a donc pas de gloire éternelle.

Je marche quelques pas dans la tempête, au milieu des tombeaux oubliés, tandis que mes pieds s’engouffrent de plus en plus dans le sable, tandis que j’ai de plus en plus de mal à respirer.

Les rêves d’avoir une fin digne d’eux.

Mais est-ce vraiment d’eux que je parle? Je n’en suis pas sûr. Dans ma vision brouillée, la seule chose que je distingue, ce sont les contours bruts et anguleux de pierre, qui semblent dominer la tempête, comme pour dire: « je ne crains rien ».

Je bascule dans le sable.

Réalités

Nous sommes plus que nous ce voyons. Derrière notre réalité bien étroite se dresse une myriade de possibilités, des mondes infinis et différents, complexes, perdus ou inexplorés.

Notre perception est à remettre en cause. Voir plus loin que nos limites, au delà des sphères de notre existence, nous donne des pouvoirs incroyables. C’est presque une drogue que d’explorer ces dimensions alternées, et cette nouvelle perspective agrandie, tordue et se repliant sur elle-même nous fait oublier les problèmes uni-dimensionnels de notre monde matériel.

Que penser du racisme, du sexisme, de l’écologie, quand on projette son esprit dans des plans extérieurs ? Quand on fait la connaissance d’être si différents, si étranges, qu’il est presque impossible d’appréhender et encore moins de comprendre, alors notre dimension d’origine nous permet bien fade.

C’est pour ces raisons que nous ne sommes pas immensément riche : bien que l’argent à flot soit à notre portée, étant donné l’arsenal de sortilèges que nous tissons en puisant les énergies de milliers de dimensions qui vous sont inconnues, nous préférons nous consacrer à l’étude de ces mondes extra-ordinaires plutôt qu’à profiter de plaisirs qui nous apparaissent comme factices.

C’est pour ces raisons que nous ne sommes pas célèbres ou puissants: que serviraient d’avoir le pouvoir et le contrôle sur autrui, alors que nous avons déjà pouvoir et contrôle sur tant de choses, mas dans un périmètre beaucoup plus vaste.

En réalité, j’irais même jusqu’à dire que moi et les autres sorciers sommes intouchables. Nous arrêtons le temps, nous nous rendons dans d’autres dimensions en un claquement de doigts, et nous percevons des dizaines de réalité à la fois – nous sommes presque immortels. Dès lors que pourrions nous craindre?

You think you know how the world works? You think that this material universe is all there is? What is real? What mysteries lie beyond the reach of your senses? At the root of existence, mind and matter meet. Thoughts shape reality. This universe is only one of an infinite number. Worlds without end. Some benevolent and life giving. Others filled with malice and hunger. Dark places where powers older than time lie ravenous… and waiting. Who are you in this vast multiverse, Mr. Strange?

Ancient One, Doctor Strange
Ancient One | Marvel Cinematic Universe Wiki | Fandom

Le portail

Portal, Gateway, Pool, Door, Exit, Access, Ancient

Ce qu’il y a de fascinant avec les portails, c’est qu’il y a toujours un moment de doute. C’est toujours le moment qui précède le franchissement de l’entre-monde. Vais-je arriver entier à destination ? Est-ce que la destination est bien celle qu’on m’a indiqué ? Lorsque vous allez à cheval d’une bourgade à une autre, vous connaissez tout de votre itinéraire et votre voyage. Par nature, les portails sont plus mystiques.

Bien souvent, on a perdu les sources indiquant qui a ouvert le portail ou comment il a été créé. Les énergies utilisées sont souvent instables, dangereuses, et il n’est pas rare que cette magie oubliée d’un autre age attire des bêtes et des créatures féroces qui en gardent le seuil, considérant l’artefact comme une sorte d’autel à des dieux incompris.

Pourtant, malgré tous ces risques, malgré toutes ces inconnues, les portails exercent un charme qui surpasse l’adrénaline que les casses-cous affectionnent tant. En vérité, le facteur principal qui guide les voyageurs au travers de ces portes instables et peu fiables, c’est l’inconnu. Le fait de ne pas savoir, et de vouloir découvrir à tout prix. C’est une question obsédante qui hante les lèvres, qui s’immisce dans les songes, qui survient dans les mémoires à demi-effacées.

Où?

Un vrai monstre

Entretien avec un vampire | Mad Movies

Je cours dans les bois. J’ai faim.

J’entends le halètement de ma proie. Et à chaque inspiration, ce n’est pas mon coeur mort qui me donne un sursaut d’excitation, mais la bête qui est en moi. Elle est

Je n’arrive plus à penser clair. A me concentrer. Tout ce que je sense, c’est au sang. Au sang frais. Il bat chez ma proie. Il bat si fort, si chaud sang

Je me rapproche

Mes crocs sont sang sortis. Je peux maintenant la voir. Elle ne voit rien dans le noir, mais moi si

Sang

Sang

Ma bête a pris le contr

La charge

Lord of the Rings - Rohirrim Charge - Mixed with epic audio from ...

Les cavaliers se tenaient prêts. L’air été chargé d’une tempête à peine contenue, qui semblait prête à se déchaîner d’une seconde à l’autre. Les chevaux hennissaient, les équipements des guerriers produisaient de léger chocs tandis que les lances s’abaissaient et qu’ils se préparaient à la charge. Le nombre était tel que l’on croyait entendre la foudre venir de l’armée, et pourtant l’ouragan ne s’était pas encore formé – pas tout à fait.

En face, la marée grisâtre des orcs et autres monstruosités semblait avoir déjà submergé les murs de la cité blanche. Leur champs guerriers et gutturaux, leurs corps ornés de cadavres, leurs armes rouillés et tâchées, tout semblait laisser à croire qu’ils avaient conquis ce qu’ils avaient prit d’assaut et que le monde des hommes était déjà tombé – peut être était-il déjà trop tard. Seul le bruit des combats dans le dernier cercle de la cité se faisait entendre, et le martèlement des béliers sur les dernières portes avant l’anéantissement.

La peur pouvait se sentir dans l’armée face à ce désolant spectacle de carnage et de cruauté, d’une force sans pitié qui mettrait fin à l’âge des hommes. Pourtant, derrière ces fiers éleveurs de chevaux, il y avait une énergie, une énergie qui disait: non, nous ne nous soumettrons pas, non, nous ne laisserons pas faire. Et peu à peu, au fur et à mesure que le roi passait au travers des rangs des cavaliers pour leur donner du courage, cette peur se transforma en une résolution implacable.

La résolution qu’ils combattaient pour la paix et la justice, pour lutter contre l’obscurité et la monstruosité d’être primaires, égoïstes et profondément maléfiques. La résolution qu’ils allaient bientôt devenir le bras vengeur d’un monde plus équitable, dans laquelle chaque chose vivante à sa place et a le droit de vivre librement et sans être opprimée. Bientôt, cette résolution se transforma en une colère, et une haine contre cette intolérance et cette attaque contre le coeur de l’humanité.

Les cavaliers n’étaient plus silencieux. On entendait leurs cris.
« A MORT ! »
Le sol fut martelé du bruit de dix mille sabots lorsqu’ils chargèrent.

Le miroir

Chaque matin, lorsque mes serviteurs font ma toilette, en face de ce grand miroir hérité de feu mon grand père, je ressens un malaise. J’ai l’impression que les choses ne semblent pas être ce qu’elles paraissent, que mon reflet va me trahir. Lorsqu’on est une princesse, se préparer prend du temps, et ce sentiment désagréable ne s’en va qu’après que je sois coiffée, parfumée, maquillée et habillée, les sourcils épilés, les joues poudrées, le corset ajusté. Tout le long de ce supplice, tandis que mes dames de compagnies s’évertuent à me rendre royale, mon regard me rend une expression intimidée, presque étouffée, et j’ai l’impression que ce n’est pas moi, mais une autre victime, coincée de l’autre côté. Lorsque je serais reine, je brûlerai ce satané bibelot.

Encore une sale gueule. Il n’y a pas de doutes. C’est bien moi. Crasseux, fatigué. Je passe la main sur mes joues creuses, cette barbe de trois jours. Putain, encore une nuit qui commence. Mon poil s’hérisse, comme d’habitude. Je n’aime pas ça, oh non. J’ajuste le col de ma veste en cuir, mais rien ne change: à qui j’essaye de faire croire que je suis quelqu’un d’autre? Je suis un de ces oiseaux de proie de nuit, mais pas la version majestueuse. La version sournoise. Qui je pourrais convaincre, franchement? Je suis désespérant. C’est parce que j’espère que ça va m’amener quelque chose de plus? Une femme dans mon lit? Non, c’est pas ça. Putain, quel malaise. C’est le type en face que j’essaye de convaincre. Mon reflet. Mon frère d’arme. Celui qui a suivi comme moi, galères sur galères, coups foireux sur coups foireux. Il a l’air désespéré, au bout. Je ne sais même plus où j’ai récupéré cette glace. Elle date, ça c’est sûr. Le passage de dizaines d’années – elle a l’air ancienne. D’une autre époque. Pouah. Autant dire que le néon vacillant qui l’anime un tant soit peu ne lui donne pas l’effet majestueux qu’elle devait provoquer dans le temps. Mais bordel… Qu’est-ce que ce truc est malsain… Ça ne peut pas être moi, cette parodie, cette brebis traqué parmi les loups. Et pourtant… Mon sang se glace, comme chaque soir.

Tout mon art consiste à prétendre que je ne suis pas celui que je suis. Alors parfois, j’y crois, à cette image dans le verre poli, qui me sourit. Je lui souris aussi. Elle est élégante, c’est sûr, elle est travaillée. Je crois qu’aucune autre contrefaçon ne s’approche autant de la vérité: peut être qu’à force d’essayer très fort d’être quelqu’un d’autre, on le devient vraiment, se faisant on ne distingue plus l’original de l’artificiel et alors quelle est la différence? J’aime ce reflet, il est protecteur. Il me convainc que je ne suis pas moi – et je n’attend de rien de plus comme validation de la part d’un miroir. Après tout, il y a vraiment d’autres choses à savoir? Vous ne voudriez quand même pas que je soi moi-même? C’est le miroir lui-même qui me l’a interdit. A chaque fois que je passe devant lui, et que je ne suis pas moi – enfin je suis moi, mais pas ce que je veux créer, vous me comprenez – je me rend compte que non, ça ne va pas être possible. Qu’il va falloir changer – ce n’est pas moi qui m’en convainc, c’est lui. Un coup d’œil à ce, ce, ce truc qui est sensé être moi et on change d’avis directement. En vérité, je suis bien content qu’il me dise qui être – je me sens bien mieux comme ça.

Vous me regardez, et je vous rend votre regard. Je vous vois tous.

Fait divers

En voulant prouver l’existence d’un centre de détention et d’extraction d’information secret de la CIA, John Bennet, américain activiste pour la défense des droits de l’homme de quarante-huit ans a malencontreusement fait fuiter des secrets d’état du gouvernement américain.

M. Bennet a prit des photos chaque jour des entrées et des sorties du personnel du centre pendant six mois et a voulu rédiger un article pour le New-York Times qui a refusé sa publication. M. Bennet a finalement donné ses photos au journal D.C. Breaking News qui s’avérait être en fait une couverture pour une agence d’espionnage russe. L’activiste a ainsi fait fuiter des photos de personnel haut-classé de la CIA. M. Bennet a été arrêté et est actuellement emprisonné pour trahison et trafic d’informations classifiées acquises par des moyens illicites. Il risque la peine de mort.

La coupe

Juste un verre. Il ne t’en faudra qu’un seul.

J’ai très souvent vu cette lueur que tu as dans le regard. A chaque fois, c’est différent, mais pourtant, à chaque fois je retrouve cette lueur. Laisse moi te conter à quel point tu ferais erreur de refuser ce verre.

Oh, non pas que cela me mettrais en colère. Mais pense à ta vie actuelle. Cette pathétique existence que tu prétends mener, alors que tu n’es qu’un enfant, perdu sur le radeau du temps qui passe, naviguant dans des brumes qui ne te font plus savoir où est l’amont et où est l’aval. Tu vois, cette vie n’a aucun sens. Bois, te dis-je!

Ta famille, tes amis… Ce ne sont que des fleurs arrachées, éparpillées aux quatre vents. Celle que tu désire n’est rien par rapport à une goûte de cette coupe. Je vais te faire découvrir la vie, la mort, et l’au-delà même, et tu reviendra, et tu en demandera plus. Bois, te dis-je!

Je vais te faire apprendre à nouveau les couleurs, mais elles seront plus sombres. Tu entendra tout avec une clarté inouïe, mais surtout les battements de ton cœur. Tu mènera une existence d’esclave et de roi à la fois.

Oui… Cette lueur… C’est toujours celle là qui suit… Bois, te dis-je!

Le repaire de la bête

Atkin s’approcha de la grotte, sur ses gardes, accroupi, faisant le moins de bruit possible. Il fut prit d’une quinte de toux, qu’il essaya d’étouffer discrétement, du mieux qu’il put. Il n’était pas sûr d’avoir été totalement silencieux. Il s’immobilisa un instant, essoufflé, attendant que la douleur passe.

Le loup-garou avait sévit pendant bien trop longtemps. De nombreux villageois avaient péri sous ses coups. Il avait fallu du temps à Atkin pour finalement le démasquer, et encore plus longtemps pour trouver sa tanière d’origine. Et enfin, il arrivait à son but: rendre la justice tant attendue dans ce village frappé par les malheurs et la malédiction.

Il serra fort la crosse de son pistolet, prit son courage à deux mains, et s’approcha de l’entrée de la grotte, pas après pas, essayant de garder son assurance et d’éloigner sa peur. Il étouffa une nouvelle quinte de toux. Il se sentit faible, l’espace d’un instant, il faillit faire demi-tour, cesser cette folie. Mais il s’aventura dans l’antre de la bête.

Le forgeron était là, accroupi, dans la caverne. Ses vêtements étaient en lambeaux. Il tournait le dos à Atkin. Ce dernier pointa son pistolet d’un bras tremblant sur le forgeron. D’une voix gutturale, le meurtrier déclara.

« Je vous ait sentit approcher à des lieux à la ronde. Que croyiez-vous ?! »

Atkin ne répondit rien, mais se figea, de peur. Le forgeron se leva, lentement, et se tourna vers lui. Il avait l’air dévoré par la maladie. Son teint était pâle, ses épaules étaient rentrées, il se tenait, penché. Il tremblait presque, reniflant nerveusement, et sa bouche se crispait, laissant échapper une petite écume. Ses bras étaient presque cassés, ses doigts longs, laissaient apparaître des ongles acérés.

« Vous savez très bien… que… je ne vous laisserais plus partir, maintenant… », dis la créature qui n’était plus bête qu’homme.

Atkin ravala sa salive et continua à pointer son arme. Dans un cliq, il redressa le chien et jeta un coup d’oeil au forgeron. Ce dernier changeait à vue d’œil. Il devenait à chaque instant plus… bestial.

« Ce son… Ce n’est même pas de… l’ARGENT »

La bête se jeta sur Atkin, qui détonna son arme au même instant. La balle n’eut aucun effet apparent face aux loup-garous.

Le combat fut de courte durée. Atkin fut tranché en deux. La bataille se transforma rapidement festin.

Ce n’est qu’après avoir consumé la chaire d’Atkin que le monstre s’aperçut qu’une fiole, vide, marquée d’un crane, tombât de la poche du manteau d’Atkin.



C’est incroyable, mais je l’ai fait!

J’ai enfin pu parler à grand-papi.
C’était hier soir.
J’étais seul à la maison. Il était aux alentours de vingt-trois heures. Le noir et le silence dominaient le voisinage. Seul les volets claquaient, lugubre, comme un avertissement donné par des sacs d’os.

Edouard, notre chat, avait quitté son tapis et était allé se réfugier dans la baignoire.
Honnêtement, il y avait comme un courant d’air glacial, et j’entendais presque des murmures.
C’était bizarre.

J’étais dans le grenier. D’une main peu assuré, j’ai tracé ces symboles à la craie blanche, sur le sol. Des carrés, des cercles, des triangles, géométriques, d’une complexité infinie, comme ce que ce vieux livre poussiéreux disait.

Puis, j’ai allumé les bougies, et je me suis assis en tailleurs, comme ce que le livre disait.

Alors, j’ai appelé papi – comme ce que le livre disait.

Papi était en colère d’être ainsi dérangé. Il a commencé par souffler les bougies. Tout était d’un coup silencieux. Et les symboles au sol se sont mis à luire.
Soudainement, une commode est tombée. Des objets ont commencé à voler dans la pièce. c’était horrible. Je me suis caché sous une vielle table, et je criais, et je pleurais…

Finalement, j’ai demandé à grand-papi:
« Où est ma sœur? Je t’en prie, dis-le moi! »

Et les volets se sont ouverts, d’un coup. La lune éclairait le jardin, en bas.

J’ai regardé. J’ai vu la terre qui commençait à être remuée. Puis une main squelettique est sortie du sol.

Je ne demanderais plus jamais rien à grand-papi.