Ellya pleurait. Elle titubait. Ses pas étaient erratiques. De désespoir, elle se jettait contre les murs. Elle mugissait.
« Non… Non… »
Elle était perdue. Ses mains étaient couvertes de sang. Pour elle, le temps s’était arrêté. Elle avait en scène l’accident. L’arme, qu’elle avait dans la main. Le tir. L’erreur. Tout était arrivé si vite. L’enfant à terre. La tâche rouge sur sa poitrine.
« Je ne voulais pas… »
Son coeur battait la chamade, et pourtant elle ne parvenait plus à respirer. L’air semblait lui manquer, et seuls ses quelques hoquets lui permettaient de continuer à vivre de manière saccadée.
Elle tomba à genou. Elle se tenait d’une main, contre le mur en pierre de l’allée. Les yeux brouillés de larmes, elle ne parvenait plus à articuler de sons. Son coeur lui brûlait dans la poitrine.
Si vite, toute sa vie était devenue un enfer.
C’est alors qu’elle entendit une voix. Un timbre particulier, mais qui se voulait réassurant.
« Allons… Allons… Que se passe-t-il, jeune fille ? »
Soudainement, le sang d’Ellya se glaça. Quelque chose ne tournait pas rond. Elle se retourna.
Un homme, plutôt large d’épaules, était face à elle. Il portait une sorte de costume, démodé, avec un haut de forme et un curieux monocle. Il avait une barbe grise bien taillée et était élégamment coiffé. Le diamant qui saillait son col était anormalement gros. Et il avait une cane, ornée d’une tête de canard en ivoire, sur laquelle il s’appuyait négligemment.
« Enfin… je ne vous veux pas de mal… Je veux vous aider. »
Ellya se souvint. La course poursuite. L’arme de service qu’elle avait dégainé. Le coin de la rue, qu’elle passait en courant, son revolver à la main. Le bandit masqué qui s’enfuyait. L’enfant qu’il avait pris comme bouclier humain et dont elle ne s’était pas rendue compte tout de suite. L’instinct du métier qui l’avait fait braquer et presser la détente.
L’enfant qui s’écroulait. Le bandit qui, surprit, s’enfuit lui aussi.
« J’ai… j’ai fait une grave erreur…, parvint-elle à énoncer, avec difficulté.
_ Les erreurs arrivent à tous. Je peux vous offrir une seconde chance, dit l’homme. »
Elle le regarda, fixement. Pour une raison ou une autre, sa tristesse, son désespoir, semblait s’être temporairement envolé. Elle sentait encore le sang de l’enfant sur ses mains, elle se voyait encore s’occuper de lui, tentant par tous les moyens de sauver ce qu’elle savait être l’inéluctable, en essayant de combler ce trou à la poitrine avec ses mains. Ce trou qu’elle avait infligée en pensant tirer sur le bandit.
Pourtant, ces souvenirs lui apparaissaient comme distants, mis en sourdine.
Et l’homme… il lui paraissait bizarre. Comme… A la mauvaise place. Il se dandinait presque avec sa canne. Pouvait-il vraiment l’aider ? Elle le regarda.
« Comment ? »
Il la considéra. Puis, il répondit avec le plus grand tact.
« Je vais vous faire un marché. Prenez ma canne. Tapez-trois coups avec. Et vous aurez votre seconde chance. »
Elle sentait qu’il disait vrai. Mes son instinct était en alerte. Son sens de policière.
« Quel est le prix ?, lui demanda-t-elle.
_ Cela ne vous coûtera rien. Mais vous n’avez le droit qu’à une seconde chance. »
Elle hocha la tête. Elle s’approcha de lui, et prit la canne qu’il lui tendait. Elle tapa trois coups.
Elle se réveilla, en train de courir, dans une ruelle. Elle en tourna le coin, et elle vit le bandit. Son instinct lui fit mettre le bras droit en position de tir, consolidé par le gauche. Elle prit une inspiration et baissa son arme. Aucune détonation. Le bandit, surprit, laissa tomber l’enfant qu’il avait attrapé, et s’enfuit.
Ellya remarqua que l’enfant, étendu au sol et en train de se relever, avait une curieuse émeraude sur le col de sa chemise. Cela lui fit froid dans le dos, sans trop qu’elle sache pourquoi.



