Alors qu’il pensait que c’était trop tard et qu’il avait raté son moment, il la retrouva finalement, une dernière fois. Elle était telle que le premier jour quand il l’avait rencontré. A l’époque, il ne se connaissaient pas, et leur longue amitié s’était bâtie au fur et à mesure des années qu’ils avaient vécues ensemble, côte à côté, comme des compagnons.

Mais tout cela appartenait également au passé. Il était en train de tricher.

Ciavan vint se placer près d’elle, alors qu’elle était occupée à montrer les peluches souvenirs de cette petite boutique d’Ultralodunon à ses amis. Il lui dit d’un air chaleureux et avec un grand sourire: « Salut, toi! »

Misilla se détourna de ses amis et lui fit face. Le sourire qu’elle avait ne s’était pas effacé. Ses tâches de rousseur et sa joie de vivre irradiait de la jeune fille. Elle était heureuse en permanence. Il la connaissait si bien. Il était lié à elle, depuis longtemps. Ce n’était pas de l’amour – c’était autre-chose. Rien que le fait de la revoir le bouleversait. Elle répondit simplement: « Salut salut! »

Il eut un large sourire également. Quelque chose en lui se brisa à ce salut familier qu’elle avait eu l’habitude d’utiliser depuis des années. Le son de sa voix était si ancien pour lui – alors que sa voix à lui était toute nouvelle pour elle. Drôle d’époque. Cette nouvelle rencontre était plus difficile pour lui qu’il n’y pensait. Il resta un moment sans rien dire.

« Bon, maintenant qu’on s’est dit salut, je vais retourner avec mes amis, si tu veux bien. »

La jeune fille avait toujours un grand sourire. Et, l’espace d’un instant, Ciavan remarqua le trouble dans ces yeux. Il était certain d’avoir interprété correctement le trouble de Misilla: après tout, il s’agissait d’un effet secondaire des voyages dans l’espace temps. Elle avait eu l’impression, en le regardant, qu’elle le connaissait depuis longtemps et qu’elle pouvait lui faire confiance – alors que de son point de vue, c’était la première fois qu’ils se rencontraient. Bien sûr, étant donné que Ciavan avait voyagé dans le passé, tout été complètement bouleversé.

Il ne faut pas trop penser à ces histoires d’espace-temps, se dit Ciavan. Elles avaient le don de détourner les pensées, d’altérer les souvenirs, de court-circuiter le réel et de laisser fuiter des impression de déjà-vue et autres troubles profonds. Il prit une inspiration: « Il fallait absolument que je te donne quelque-chose. » Il se retint d’appeler la jeune fille par son prénom. Elle pourrait se méfier.

« Ha bin vas-y, tu peux! Mais vite, car mes amis m’attendent. » Elle lui fit un clin d’œil. Il déglutit, pensant à la sinistre conclusion de tout ceci, qu’il avait déjà vécu.

Ciavan lui tendit une carte-circuit magnétique orange qui luisait faiblement. Misilla la prit d’un air interrogateur, mais attendit plus d’explications.

« Tu trouvera dans cette carte un émetteur. Dans dix ans, tu aura un accident d’holojet terrible. Utilise cette carte pour appeler les secours. Tu sera prioritaire. Il y a mon passcode personnel dedans. Je me suis arrangé pour qu’il reste valide quoi qu’il arrive. »

Elle le fixa un instant, et elle haussa les épaules en mettant la carte dans sa poche. Il commençait à trembler légèrement – cela fonctionnait, et c’était bien. C’était la chose juste à faire. Il s’approcha d’elle, et la prit dans ses bras. Elle était de nature tranquille, alors elle se laissa faire. Elle se demandait pourquoi cet homme si étrange qui lui paraissait familier démontrait autant d’affection envers elle.

Et il disparu.

Dix ans après.

L’holojet était tourné sur le côté. Tous les voyants étaient au rouge, et une lumière de sécurité clignotait par flash, illuminant la passe de montagne aux alentours. Le véhicule fumant commençait à être recouvert par la neige et l’obscurité.

Misilla, au poste conducteur, était dans un sale état. Les bris du pare-brise lui rentraient dans les bras et le visage. Sa poitrine avait été écrasée par les commandes, et elle ne sentait plus ses jambes. A côté d’elle, sur le siège passager, Ciavan semblait évanoui. Elle voulait le secouer, lui dire de sortir de là, mais en vain. Son corps ne réagissait pas à ses mouvements. Elle regarda le plancher de la voiture et vit une tâche sombre se répandre petit à petit: elle comprit qu’elle était en train de se vider de son sang. La jeune fille se souvint des paroles de l’homme qu’elle avait croisé, peu de temps avant sa rencontre avec Ciavan. Elle se remémora l’accident qu’il avait prédit… et de l’émetteur qu’il lui avait donné. Heureusement, elle avait la carte sur elle. Elle l’activa et un petit bip retentit.

« Secours prioritaires pour extraction Misillia Alren. La navette est en route. Contrat de Ciavan Mackir. »

Peu de temps après, les secours la sortait de l’épave. Cette dernière était en train de s’embraser complètement. A moitié consciente, elle observa les flammes se répandre brusquement dans une détonation tandis qu’elles venait lécher le reste de la carcasse de l’holojet, ainsi que de Ciavan qui n’avait pas pu être évacué à temps.

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