Il parcourrait les couloirs de la base Martienne, encore et toujours. La barbe soigneusement tressée à l’huile de moteur, il sentait la vielle mécanique, celle qui grince et qui broie. Le nain s’avança, rangers au pied dans un claquement métallique sur les grilles des coursives, et couloir après couloir, il surgit, son fusil de chasse à la main, prêt à dégommer le moindre démon.

Il s’approchait bientôt du secteur bleu, il en avait récupéré la clé peu avant. Il restait cependant sur ses gardes, pas après pas. Car les tyrans, ces hideuses créatures de l’enfer aux multiples cornes se sont jetés sur lui par dizaine plusieurs fois à l’improviste, comme des furies, avec leur griffes et leurs assauts enflammés. Il avait serré les dents, fait parler le plomb, et ramené le silence dans la station abandonnée.

Ce job de nettoyage, c’était la routine pour lui. Garron le tueur, ainsi l’appelait-on, et ainsi répondait-il aux invocations: à gros coup de flingue dans la gueule. D’habitude, il avait plutôt affaire dans les Space Hulks, ces énormes vaisseaux cargos ou colonies ayant été abandonné, errant dans le Grand Froid depuis des siècles – des épaves en somme, à la différence prête qu’elles étaient infestées de saloperies en tout genre. Intervenir dans une base spatiale, c’était peu courant. Qu’avait-il bien pu se passer ici ? A vrai dire, Garron s’en foutait. Il était là pour se faire un paquet de crédit. Et que ça soit dans un vaisseau, une base, ou la maison hanté d’un gosse, du moment que les chips étaient à la clé, ça lui allait.

L’avantage d’être un nain, c’est que tout jeune ils sont habitués aux espaces sombres et aux tunnels. Les coursives de station, c’est tout à fait dans ce cadre (surtout dans une planète non terraformée comme Mars): économie d’énergie veut dire lampe à faible diffusion (LFD), économie de matériaux veut dire coursives taillées comme des losanges, bas de plafond, aux tuyaux apparents et aux multiples grilles.

Par contre, paradoxalement, dans des stations industrielles, cela veut aussi dire des larges espaces, où s’imposent de gigantesque machines: des générateurs, des turbines de terraformation, des relais orbitaux de communication… Autant dans les coursives les combats étaient brefs, intenses et précis, autant dans les usines, c’était pas le même délire – c’était plus tactique, il fallait bien se positionner, bien anticiper les mouvements de l’ennemi, et repérer les griffes et les crocs derrières les câbles et autres armatures métalliques.

Arrivé devant la porte du secteur bleu, Garron fit claquer son fusil de manière familière, chargeant la prochaine cartouche. Il ouvrit la porte et pénétra dans la salle de contrôle des unités de transvidement, à côté des cuves de terraformation. La salle était obscure, et il jeta l’un des bâtons lumineux qu’il avait sur lui pour révéler des dizaines de tyrans qui l’attendaient, tous crocs sortis.

Ce fut un carnage.

Haletant, le nain s’avança vers le tableau de bord. Il posa son arme, et vit le bouton rouge « Balise de contrôle de l’ajustement de pression ». Il releva le bouton qui était appuyé, et il indiqua dans son intercomm: « Garron, paré à l’extraction ».

Une voix préprogrammée retentit peu après dans la station: « Pression extraordinaire dans le secteur bleu. Veuillez-vous préparer à l’évacuation. »

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