Le lac

 Les flots vrombissent et s'ouvrent,
Les vagues frémissent et écument,
Une main sort de l'eau, triomphalement,
Et le chevalier dans cette main l'épée découvre.

Ainsi attendait-elle depuis de si longues années,
Qu'un brave vienne enfin trouver l'épée,
Une lame si fine si bien nommée,
Excalibur a finalement retrouvé sa liberté.

Le lac étincelle, la dame est semblable à un ange,
Les rayons du soleil luisent sur cette scène étrange,
Le chevalier dans l'eau s'engouffre allant chercher son prix,
Il fallait qu'à Camelot avec cette lame il rentre avant la nuit.

Ensorcelé par la vision de la dame dans l'eau il avance,
Pourtant il a oublié de retirer son armure et sa lance,
Peu à peu il perd pied et est entraîné dans les tréfonds du lac,
Et il ne réalise que trop tard qu'il s'agit d'une ruse démoniaque.

La sirène sort de l'eau et fait disparaître son illusion,
Elle chante car dans son lac un autre chevalier a péri,
D'épée elle n'a pas même si elle en fit l'allusion,
Et encore une proie a succombé à sa stratégie.

Le blason

Cette douce cascade multicolore a un parfum puissant et qui enivre la vie bien après avoir suivi son cours. Ces élégants jets de lumière soulignent et survolent sensuellement la silhouette.

Polymorphe, il peut s’agir d’une bourrasque de feu au petit matin, d’un fleuve argenté et glacé l’après-midi, de rayons de soleils éblouissants au couchant, voir même des rideaux de jais la nuit.

Polymorphe, cour ou longs, épais ou bouclés, fin et doux, rebelles et revêches.

Polymorphe, car en appuyant le visage, ils peuvent être point d’exclamation ou d’interrogation, ou pire, si la belle détourne le regard, points de suspension…

Le destin

Dans la braise, il y a l'écho des mots que l'oracle a prononcé,
Dans l'année, il y a le héros au cœur pur saisissant la garde de son épée,
Et dans l'azur les dragons volent et sèment sortilèges, sorcellerie et enchantements,
Dans la brume, il y a la mort, silencieuse et traîtresse, qui rôde au tournant,
Dans l'amour il y a le réconfort pour notre élu à jamais épuisé,
Et dans le sang il forge son destin, car ainsi c'est écrit,
Dans la peine il y a la vérité car pour lui, c'est fini,
Dans le feu les paroles de l'oracle sont à jamais scellées,
Et dans la vie nous sommes tous élus, il y a toujours une épreuve,
Et l'homme doit forger son destin, ceci en est la preuve.
Adaptation de Roger Bernard, Mes parts semblables

Se mélanger les piments

« Alors mon petit, qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu pleures?
_ J’ai plus de piments..
_ Comment ça? Tu as mangé un piment? C’est pour ça que tu pleures?
_ Non. J’en ai plus. J’avais un gros sac.
_ Mais enfin, que faisais-tu avec un gros sac de piments?
_ C’est tout une horloge, monsieur…
_ Une horloge? Je ne comprends pas. Une histoire?
_ Oui.
_ Raconte.
_ J’étais allé au cerceau là où est tartiflé grand-papi.
_ Mais qu’est-ce que tu racontes?
_ Et j’ai vu mo’. Avec une autre dame. Elles étaient deux, et elles dansaient, elles dansaient…
_ Mais enfin! Tu es tout de suite parti, j’espère!
_ Ha non. J’ai trouvé ça sympa. Je me suis assis au bord de la fontanelle, devant le réverbère. Je les ai regardés. Alors, il y a le gentil marionnettiste qui est arrivé. Et il m’a donné un sac de piments.
_ Mais cette horloge n’a aucune sens! »

Breathe Fire

Passion is a fire that burns in yourself. You have to breathe it to live it. Don’t forget that you can be a hurricane. You can be an unstoppable force. Change, and change everything around you: shape life like you’re an artist, bend your life to your will.

Be strong minded, but open to others. Be kind, but thrive to be better – to do better. Learn as much as you can, forgive, but do not forget. For everything that you hate, try to do something about it. For everything that’s wrong, change.

Take risks when you need it. Remember: Who Dares Win. But don’t be a fool. Never do it for no reason. It must always matter: so make it matter. Make your life an important part of yourself: become an actor of your life, and shape your destiny.

You can do this. You have the strength in yourself to breathe fire. Channel everything that you hate, everything that you regret, everything that you wish was different into one thing: the force of change around you. Dream of a better world, and work for it. It will all be worthwhile in the end, it’s not the destination that will bring you peace, it’s what you gain during your journey.

Remember. Breathe fire.

Les dragons

La route avait été longue, très longue. Jébélé était à bout de force. Il avait traversé les montagnes de Sion, puis le désert d’Agodi, et enfin la passe de la Gazelle. Finalement, il était arrivé aux Plaines Reculées, sa dernière étape avant le cimetière des dragons.

Cependant, son voyage ne s’était pas passé comme prévu. Des vivres, il n’en avait plus, il avait été attaqué par deux fois pendant son voyage. Pour survivre, il avait dû vendre son équipement d’archéologie à Diournie, la dernière ville avant les montagnes de Sion.

La soif le gagnait plus que tout autre chose, sa gourde étant percée: il ne s’en était aperçu que bien trop tard. Cela faisait des heures qu’il marchait, et le vent fort qui soufflait dans la plaine lui donnait le tournis. Parfois il avait l’impression de voir double. Le soleil luisait et se reflétait contre la roche de ce pays si particulier. Des lumières floues, que Jébélé ne distinguait plus bien du décor.

Il regarda les lointaines montagnes, qui semblaient encore plus mystérieuses et inaccessibles que d’habitude. Il serra les poings, de rage, et tomba sur le sol, à genou. Des larmes coulèrent de son visage, tandis qu’il se maudissait, d’être si faible, mais si proche du but. Il ne pouvait pas s’arrêter là… Mais il ne pouvait pas continuer…

Il sentit un courant d’air sur son visage.

Il leva les yeux au ciel. Et soudain, il fut émerveillé.

Il vit des créatures majestueuses en train de voler paisiblement : des dragons! Il y en avait des bleus azurs, des blancs, des argentés, et il était regroupés, comme un troupeau mythique volant vers le Sud. Le soleil se reflétait sur leurs écailles. Ensemble, ils formaient une grande banderole multicolore qu’on aurait accroché dans le ciel. Rapidement, ils volaient au dessus de Jébélé. L’un d’eux poussa même un cri, un appel, et à son signal, tous les dragons commencèrent à voler et à piquer au dessus des nuages.

Les dragons n’avaient pas disparu! Et Jébélé venait de le découvrir.

Ses larmes se transformèrent en larmes de joie.

Parfois, on croit que tout est perdu quand on est loin du but. On a juste besoin d’un petit coup de pouce.


La galette

La galette était empoisonnée.

Tout le monde le savait. Mais tout le monde faisait semblant. Les gouverneurs s’étaient réunis, comme à leur habitude, pour choisir celui, qui, parmi eux, deviendrait le Roi, celui qui goûterait à la fève empoisonnée.

Ils commencèrent par saluer l’évènement, levant leur verre et riant très fort, comme ci de rien était. Mais tout était.

C’était une sorte de roulette russe camouflée sous un dîner aristocratique.

Les gouverneurs avaient choisis de célébrer le couronnement par du poison, car c’était ce qui était arrivé au dernier Roi en date. Et au précédent. Et à quelques-uns encore avant lui. La question de ce soir était la suivante: qui tirerait la plus courte paille?

Chacun des gouverneurs avait prit au maximum ses précaution. Magie Vaudou, pour faire tourner leur chance, tonique pour résister au poison, pilule vomitive pour essayer de s’en sortir si jamais le pire devait arriver… Il était bien sûr interdit de ne pas participer à cette petite tradition. Ou de ne pas manger la galette. L’un des gouverneurs avait essayé de se cacher dans les toilettes: on l’avait pendu à l’extérieur.

Pour maximiser l’influence du destin et éviter quelconque favoritisme, on avait prit une fille de l’orphelinat pour distribuer les parts. Elle était d’une famille pauvre, et ses parents étaient morts dans un bombardement lors d’une guerre inter-provinces. Elle avait été envoyée sous la table, un bandeau sur les yeux, et elle devait attribuer les parts à un numéro, chaque gouverneur en avait un, secret, en dessous de son siège.

Bien sur, tous les serviteurs étaient impartiales, le plus possible, et de toute façon les espions des gouverneurs étaient partout pour vérifier que tout se passait selon le protocole établi.

Les parts de la galette étaient distribuées une à une. La fille de l’orphelinat, de sous la table, choisit le numéro trois, et le gouverneur qui portait ce numéro reçu sa part de galette. Sans plus attendre, il attaqua nerveusement la première bouchée, comme c’était la règle. Il mâcha, et avala.

Il sursauta. Puis, il commença à tousser. Il se tortillait sur son siège, la bave commença à lui couler sur les lèvres. Il se pencha en arrière, ses yeux convulsèrent, et il s’affala finalement la tête la première dans la galette. Immédiatement, le personnel qualifié vint s’occuper du pauvre gouverneur. Les autres parurent tous plus détendu. Mais la cérémonie continua, car c’était la procédure.

La jeune fille appela le numéro six. C’était le gouverneur assit à gauche du malheureux qui venait de suffoquer. Celui-ci prit une part de galette… Mais bien vite, il fut secoué de spasmes et s’écroula également.

Certains des autres gouverneurs furent pris de panique. Comment cela était-il possible?! Il n’y avait qu’une seule fève empoisonnée. Pour autant… La tradition, le protocole exigeaient tous deux que la mascarade continue. Les serviteurs étant parti s’occuper de Monsieur Trois, on laissa Monsieur Six tête dans la galette. On fit choisir une un autre numéro pour la prochaine distribution de part… et ce fut le numéro un qui fut sélectionné. Il était lui aussi assit à la gauche du décédé.

Encore, il tomba empoisonné. Puis, celui à ses côtés, le numéro quatre. Le numéro cinq essaya d’y échapper, mais les serviteurs braquèrent leurs armes sur lui: tel était la tradition à laquelle il avait décidé de participer. Il prit une part de galette, et lui aussi décéda empoisonné.

Il ne resta bientôt plus que le gouverneur numéro deux, qui était assis à droite de la première victime, le gouverneur numéro trois. Celui-ci reçut sa part de galette, sans dire mot. Il souleva délicatement la croûte, et confirma qu’il avait bien la fève. Il mangea sa part comme l’exigea la tradition.

Du sang coula de ses lèvres. Il mourut sur son siège, satisfait.

La jeune fille sortit de sa cachette sous la table, l’aiguille empoisonnée à la main. Elle l’avait planté tour à tour dans le pied de chacun des gouverneurs. Ses parents étaient décédés dans une de leur stupide guerre. Elle regarda avec satisfaction le numéro deux, qu’il l’avait aidé à tout manigancer. Lui aussi avait tout perdu, endetté, considéré comme un parasite par ses paires, tous le connaissaient comme sur le déclin. De honte, sa femme s’était suicidé. Son fils avait décidé de partir à l’étranger, abandonnant le gouverneur à son sort.

La jeune fille prit la couronne sur la table, et la plaça sur sa tête.

L’échange

John s’avança dans l’allée sombre, prenant au maximum l’air assuré, même s’il savait au fond de lui qu’il n’avait pas confiance, ni en lui, ni en cette transaction. Il regarda derrière lui, rapidement, serrant la poignée de sa mallette. Pendant un instant, le monde sembla tourner autour de lui.

Il ajusta sa longue veste et alla jusqu’au portail, comme convenu. Il regarda de l’autre côté. L’homme était déjà arrivé, et l’attendait. Il portait un chapeau vert, avec un imperméable noir. Il avait à la main le sachet plastique de supermarché, qu’il tenait contre lui l’air suspicieux.

John prit une voix grave:
« Vous avez les produits ?
_ Comme convenu Monsieur Xolabola. »

John leva un sourcil. Quel était ce nom d’abruti qu’il lui avait choisi ? Il garda son air sérieux pour autant :

« Personne ne vous a suivi.
_ Bien sur que non. Personne ne s’aventure dans ce genre d’allées. Il n’y a que vous, Monsieur X.
_ Arrêtez de m’appeler comme ça. J’ai la mallette. Donnez moi le transmetteur.
_ Mais de quoi parlez vous ? », demanda l’homme à John avec un sourire.
_ Ne faites pas l’idiot. Contentez-moi de me donner votre sac. »

L’homme tendit à John son sac de supermarché avec un sourire narquois.
« Prenez-le donc.
_Votre agence ne prend peut être pas tout ça au sérieux, mais nous, si. »
John s’empara du sac avec colère. Comment pouvait-il rire de cette transaction, qui était secrète mais si importante pour leurs deux pays?

« Le fric maintenant. »
John fut sonné. L’homme était-il le bon? Mais il avait bien un chapeau vert. Cela devait être lui. Il lui tendit la mallette. L’homme au chapeau la prit sans attendre, et il disparu dans une ruelle.

John serra le sac en plastique fort contre lui. C’était bien le transmetteur. Il s’assit dans la ruelle, et sortit du sachet une aiguille. Il s’attacha une sangle autour du bras, et de la bave commença à couler de ses lèvres. John sourit.