L’échange

John s’avança dans l’allée sombre, prenant au maximum l’air assuré, même s’il savait au fond de lui qu’il n’avait pas confiance, ni en lui, ni en cette transaction. Il regarda derrière lui, rapidement, serrant la poignée de sa mallette. Pendant un instant, le monde sembla tourner autour de lui.

Il ajusta sa longue veste et alla jusqu’au portail, comme convenu. Il regarda de l’autre côté. L’homme était déjà arrivé, et l’attendait. Il portait un chapeau vert, avec un imperméable noir. Il avait à la main le sachet plastique de supermarché, qu’il tenait contre lui l’air suspicieux.

John prit une voix grave:
« Vous avez les produits ?
_ Comme convenu Monsieur Xolabola. »

John leva un sourcil. Quel était ce nom d’abruti qu’il lui avait choisi ? Il garda son air sérieux pour autant :

« Personne ne vous a suivi.
_ Bien sur que non. Personne ne s’aventure dans ce genre d’allées. Il n’y a que vous, Monsieur X.
_ Arrêtez de m’appeler comme ça. J’ai la mallette. Donnez moi le transmetteur.
_ Mais de quoi parlez vous ? », demanda l’homme à John avec un sourire.
_ Ne faites pas l’idiot. Contentez-moi de me donner votre sac. »

L’homme tendit à John son sac de supermarché avec un sourire narquois.
« Prenez-le donc.
_Votre agence ne prend peut être pas tout ça au sérieux, mais nous, si. »
John s’empara du sac avec colère. Comment pouvait-il rire de cette transaction, qui était secrète mais si importante pour leurs deux pays?

« Le fric maintenant. »
John fut sonné. L’homme était-il le bon? Mais il avait bien un chapeau vert. Cela devait être lui. Il lui tendit la mallette. L’homme au chapeau la prit sans attendre, et il disparu dans une ruelle.

John serra le sac en plastique fort contre lui. C’était bien le transmetteur. Il s’assit dans la ruelle, et sortit du sachet une aiguille. Il s’attacha une sangle autour du bras, et de la bave commença à couler de ses lèvres. John sourit.

Valkyrie

L’homme s’écroula à genoux. Il ne pouvait plus respirer. Autour de lui, la désolation, la bataille, la mort, la danse du destin. Mais il sentait sa chance tourner. Il ne pourrait plus aller bien loin. L’air glacial pénétrait maintenant sous sa peaux. Sa vision devint floue.

Il avait failli, comme tous ses compagnons. Finalement, il ne seraient pas assez fort. Oui, il tomberait au combat, avec tous les honneurs. Mais ce serait une fin amère, car il ne désirait pas la gloire, ni pas les louanges, car il ne faisait que se battre que pour ce qui est juste.

Mais c’était trop difficile. L’ennemi était trop nombreux: la bataille devait être menée sur tous les fronts, et malgré le courage, malgré la cause juste, cela ne changeait rien, la loi des nombres, éternelle et absolue, l’emportait. Une tâche de sang commença à couler sous l’armure de l’homme, au niveau des genoux, tandis qu’il toussota, levant les yeux plein de larmes vers le ciel. Les gouttelettes étaient rageuses devant tant d’injustice, triste devant une fin maintenant inévitable.

Et le soleil apparu soudain dans le ciel.

Il le vit. Un éclat éblouissant, qui peu à peu prenait forme devant lui. Ce n’était pas un astre, c’est ce qu’il avait crû d’abord voir. Mais, la lumière se métamorphosa peu à peu en Reine Guerrière : une Valkyrie.

Vêtue de noire et de blanc, elle était terriblement belle et magnifiquement terrible. L’air impérieux, illuminée par un halo mystique, elle était pure, elle, la protectrice des justes, la prédatrice des faux et des cruels, l’incarnation de la glorieuse force du bien, armée dans les moments les plus sombres.

Sa magnifique chevelure resplendissait encore ses traits fins si beaux et si glacés. Sa couronne d’or et de jais lui donnait sa place de Déesse parmi les hommes. Ses tissus finement ouvragés étaient brochés par des bijoux d’un or pur, luisant, comme ouvragés au sein même du soleil. Ses yeux brûlaient du feu de la justice, de la vengeance, et du courage, et du combat contre la corruption. Elle tenait à la main, silencieuse, dangereuse, une épée forgée dans les fleuves sanglants de la Guerre, quelle pointait sur l’homme.

Ce dernier fut abasourdi par son apparition. Il était certain que la fin était arrivée. Mais quelle vision finale!

Alors, elle lui parla:
« Guerrier, ton Heure n’est pas encore venue.
Guerrier, retrouve ta vigueur, je te l’ordonne, car tu dois encore te battre,
Guerrier, jusqu’à l’aurore tu combattra, et à chaque heure qui passe tu te sentira,
Guerrier, te rapprocher de moi, le courage, la justice, la Vertu même.

Tu es maintenant mon avatar. Sois digne de cette marque. Sois mon champion, je t’appelle et je te nomme, dresseur de mort, briseur des fils du destin. A la guerre!
Alors, Guerrier, lève-toi! »

Et sur ces mots, elle leva son épée, et au fur et à mesure, l’homme se sentit propulsé sur ses pieds. Et il regarda, et vit que ses tatouages brillaient, et vit que la Valkyrie lui avait redonné la force, qu’elle lui avait redonné le courage dont il manquait, l’occasion de manier son arme, de se battre pour la justice.

Une fois remis sur pieds, il s’aperçut que la Valkyrie s’entoura de grandes ailes célestes composes de plumes blanches immaculées. Et elle s’envola, toujours en fixant l’homme du regard, et il crut voir juste avant qu’elle ne disparaisse un sourire sur ses lèvres.

L’homme ramassa son arme, en pensant à ce sourire étincelant, celui d’une confiance aveugle qu’avaient les Dieux en son combat. Il repartit à l’assaut.

Le paladin de lumière

Le silence avait suivi la tempête. Le champ de bataille était maintenant calme. L’attaque avait été si soudaine, si violente, qu’on avait du mal à imaginer qu’il pourrait encore y avoir un après.

Les géants avaient encore semé la destruction sur leur passage. La ville ravagée en témoignait: la muraille était endommagée à plusieurs endroits, l’écurie avait été écrasée par une statue, et nombre de citoyens avait péri plus par la cité s’écroulant sur eux-même que par la force des armes des colosses.

Suite au combat, le paladin au sang draconique tenait encore debout, bien que chancelant. Lui et ses compagnons avaient défait les colosses. Il regarda autour de lui, tentant de trouver un sens à tous ces combats, à toute cette violence. Plus aucun ennemi n’était en vu. C’était le côté positif des choses. Le côté négatif… C’était la mort et la destruction qu’il voyait autour de lui.

Un marchand, écrasé par sa propre brouette. Trois réfugiés, piétinés par l’un des géant. Une femme, tuée dans un éboulement. Il l’a regarda, avec désespoir. Pourquoi ? Pourquoi était-ce ainsi. De rage, il leva les yeux vers le ciel d’automne, cherchant une raison, une logique à tout cela.

Puis, il ressentit la présence de son dieu. Son dieu de lumière. Et il frissonna, à ce contact divin: ainsi, son Saint Patron ne l’avait pas abandonné. Il garda la foi. Et, d’un pas décidé, il s’avança vers l’inconnue, qui avait perdu la vie au cour de la bataille. Elle gisait, sous des rochers. Il s’agenouilla auprès d’elle, et prit une profonde inspiration.

D’un coup, une puissante lumière émana de lui. Il avait le Don de la vie. Il s’avait qu’il ne pouvait utiliser le Don qu’une seule fois. Mais c’était sa vocation: l’être de lumière qui allait repousser les obscurités des ténèbres et de la guerre. Il lui fit le baiser de vie. Lentement, la lumière émana vers elle, et lentement, elle commença à la rappeler au monde des vivants, tandis que le paladin brillait dans les décombres.

Ce n’était plus un mortel. Non, cette figure n’était plus le paladin. C’était un ange, généreux, bienveillant, venu rallumer la lumière dans notre monde.

La jeune fille ouvrit les yeux.

La toile

Enfin paré de sa tenue officielle, le Second Lieutenant-Chasseur Adali s’avança dans les couloirs de l’Inquisitorium. Le Primat Investigator était dans les scellés de troisième grade, qui contenaient les reliques les plus dangereuses pour l’ordre.

Il dévala les escaliers en colimaçon, emprunta l’allée à sa droite, et suivi une autre volée de marches qui l’amenait encore plus bas dans le bâtiment. Adali arriva à une coursive puis entra dans la section des scellés. Le Gardien Librarium le regarda d’un air fatigué. Il semblait être en train de garder la porte depuis un long moment. Sa tonsure et ses yeux cernés contrastaient avec sa tenue noire à haut col.

« Le Primat Investigator a spécifiquement demandé à n’être dérangé sous aucun prétexte. Je ne dois laisser personne entrer.
– Et quand fut donné cet ordre précisément ?, s’impatienta Adali.
– Cela remonte à il y a maintenant deux jours, je crois, bailla le gardien. J’ai gardé cette porte depuis lors. C’est mon devoir. Vous n’entrerez pas. »

Le Second Lieutenant-Chasseur le considéra avec un moment d’un œil noir. Ce n’était pas le moment de perdre du temps sur des considérations de second ordre. Il demanda d’un ton sec:
« Et on peut savoir ce qu’il fabrique là-dedans ?
– Bien que les affaires du Primat Investigator ne regardent que lui et le Commissaire Papal en personne, je peux seulement vous répondre qu’il travaille sur une affaire. Il a fait venir la Brigade de la Justice avec des pièces à convictions de grande taille qu’il juge particulièrement dangereuses. Il a même parlé d’exorcisme. Il a réservé la salle close, et a fait mander plusieurs de ses contacts. Il a même cloisonné les scellés jusqu’à nouvel ordre. D’où l’interdiction d’y entrer. »

Adali haussa un sourcil. Cela était certainement bien curieux… Et cela ne suivait certainement pas le protocole d’un inquisiteur. Quoi qu’il faisait à l’intérieur, il ne pouvait s’agir d’une mission officielle.

« Je vois. », répondit l’officier d’un ton calme. Sans se démonta, il saisit une délicate bourse pourpre et brodée qu’il avait sur lui sous sa tunique, dans une poche au niveau de la poitrine. Il l’ouvrit et en retira une chevalière, qu’il posa sur le bureau du gardien sans dire un mot, le symbole tourné vers lui. Il toussota et lui lança un regard noir.

Le gardien s’intéressa à l’objet et s’aperçut tout de suite du phoenix aux ailes d’anges qui décorait la bague. Son visage blêmit et il bredouilla:
« Ce… C’est un anneau de Cardinal Repenteur. Cela veut dire que… je… »
Et il s’empressa d’aller ouvrir la porte menant aux scellés et de conduire Adali à l’intérieur. Ce dernier se contenta de répondre en reprenant soigneusement l’anneau d’un ton glacial:
« Faites donc. »

Au fond du couloir se trouvait une pièce isolée aux épais murs de pierre. Ces derniers étaient recouverts de runes de magie blanche, d’écritures saintes, ainsi que de marques de sang des fidèles les plus zélés qui avaient contribué à bénir cette salle. Dans les scellés, qui étaient tenus dans une presque obscurité pour des raisons de sécurité, elle avait une allure presque mystique qui impressionna comme à chaque fois Adali.

Le gardien inséra la clé dans une des serrure, et la double porte de la Salle Close s’ouvrit dans un bruit lourd. Adali fut surpris de ce qu’il trouva à l’intérieur.

Il y avait tout d’abord un rayon de lumière, en provenance du plafond, qui illuminait au centre de la pièce une peinture. Cette peinture était grande, plus qu’un homme, et elle représentait dans des couleurs bigarrées et incompréhensibles des enfants gravissant un immense escalier en colimaçon. L’escalier semblait par un jeu de la perspective infini. L’imagerie était imprécise, presque rêveuse, mais pleine de vie. La toile était maintenue dans un cadre d’or gravé et orné des symboles de l’église: croix et ornements habituels. Elle était exposée sur un simple chevalet, lui même installé sur une petite estrade de pierre qui devait assurément normalement servir à d’autres occupations que celle d’exposer des œuvres d’arts.

Devant la toile se tenait un homme, dos tourné à l’entrée. Il était assez grand, massif, aux larges épaules. Il avait une très épaisse et majestueuse chevelure blonde, qui dominait avec force et panache son physique. Sa tenue de Primat Investigator était loin d’être aussi sobre de celle d’Adali, qui était plus fonctionnelle: un épais manteau d’un cuir noir sur lequel avait été scellés des pages des annexes de la seconde Recopie à l’aide d’une cire de jais ornée des sceaux de l’apocalypse, des épaulettes d’or avec des écussons arborant des ailes d’anges et des épées de justice, un baudrier marron couvert d’autres écritures saintes au fil d’or ; lustré par le sang des preux ; une épée inquisitoriale aux cinq joyaux de feu sur le côté dans un fourreau au métaux précieux et gravés. L’homme avait les mains croisées derrière le dos.

L’Investigator ne dit rien malgré l’intrusion. Il semblait captivé par la peinture. Le gardien se lança dans une justification:
« Primat, ce n’est que par la nécessité la plus pressante que je viens perturber vos affaires. Il s’avère que l’homme qui m’accompagne est en mission d’extrême importance et.. »
Il s’attendait à être coupé à tout moment par le Primat. Mais ce dernier avait une patience infinie et le laissa terminer. Le gardien fut même gêné que ce ne fut pas le cas, car il ne savait pas quoi ajouter d’autre.
« Et… Voici donc avec moi l’homme que j’ai laissé entré. Je sais que vous saurez me pardonner cette intrusion. Je retourne à mon poste maintenant. Je m’en vais. Merci Primat. Au revoir Primat. »
Il s’inclina avec maladresse et quitta la pièce d’un pas précipité. L’Investigator ne s’était toujours pas retourné. Adali se lança:
« Cette oeuvre est récente. Elle n’a plus de cinq ans. Elle ne provient pas d’un artiste célèbre. C’est du travail d’amateur. »
Markus Elwanil se retourna en riant aux éclats. Son visage, radieux, avait des traits masculins, presque guerriers, déterminés: une mâchoire forte, des yeux perçants, des joues plates et symétrique, un menton avancé. Ses yeux d’un bleu de glace était plissé par le rire de baryton qui agitait les lèvres. Comme si Adali venait de faire une réflexion humoristique.

Ce dernier s’aperçut alors que Markus avait également des oreilles en pointe. Un elfe !

Note: vous n’avez pas fini d’entendre parler d’Adali et de Markus Elwanil

Le baiser

Dès que les amants se retrouvèrent enfin, ils entamèrent un long baiser. Dans les bras l’un de l’autre, épanouis, ils partagèrent cette intimité, cette intensité, cette excitation.

L’homme trouva le baiser doux et brûlant à la fois, il en était presque fiévreux, son désir pour elle le gouvernait de plus en plus, il devenait la marionnette de l’amour. Ne pouvant plus y résister, il se laissa entraîner et plaqua sa partenaire contre le mur, avec ce mélange de délicatesse et de brutalité qui leur était familier. La belle se laissa faire, emportée elle aussi par cette fougue qui l’avait hanté tant de fois dans le passé, pendant leur séparation.

La passion les gouvernait, car ils éprouvaient l’un pour l’autre des sentiments depuis longtemps. Ils furent bientôt indivisibles et inséparables, et dans les bras de l’autre, ils se sentaient comme des titans.

Un long moment passa, où ils ne profitèrent que de la présence de l’être aimé, oubliant le monde autour d’eux, vivant l’instant présent, presque retournés à l’instinct animal.

Mais leur romance avait toujours été sur le fil – une dangereuse séduction. Et, bien qu’éventuellement ils finirent ce baiser, pendant lequel le temps même s’était arrêté, ils conservèrent une étroite étreinte, la belle posant le menton sur l’épaule de son amoureux, et ce dernier enfouissant son visage dans son cou. Discrètement, la belle ravala une larme.

Après cette introduction, le jeu de la séduction repris son cours. Tous deux étaient des amants rebelles, aimant tour à tour prendre le contrôle de l’autre, le dominer entièrement, ou au contraire s’y soumettre et placer sa vie, et sa confiance, dans son partenaire. Cette danse, cet aller-retour où ils étaient à la foi antagonistes et protagonistes, leur était familière aussi. L’homme passa d’abord sa main dans les cheveux de son amante, la bloquant contre le mur, et cette dernière se sentie piégée, sans issue. Puis, elle le repoussa avec force, le regarda un instant, de haut en bas avec un sourire narquois. La belle s’empara de son visage à deux mains, et l’embrassa fougueusement, l’empêchant de bouger, le laissant à la merci de cette prédatrice.

Une fois ce baiser terminé, elle eut un sourire triste l’espace d’un instant, que l’homme partagea avec elle. Ils savaient tous deux qu’il était temps.

L’homme la reprit, doucement cette fois, dans ses bras. Il ne dit rien, mais ses pensées affluaient maintenant dans son esprit. Il revoyait son mentor lui dire ces simples mots: « Parfois, la justice est un sacrifice. Parfois, il faut savoir se résoudre à détruire ce qu’on aime, pour repousser les graines d’un arbre pure et absolu. Tu dois la tuer. » Il savait, au fond de lui, qu’il avait raison. Elle était allée trop loin. Elle le savait également.

La dague qu’il avait caché dans sa manche apparut dans sa main, comme par magie. Et d’un coup appuyé et passionné, il planta la lame dans le dos de son amante. Cette dernière écarquilla les yeux, surprise, tandis que le sang commença à couler de sa bouche dans un balbutiement fatal.

L’amant se retira finalement de son étreinte, un pas en arrière, et laissa la belle s’écouler sur le sol. Il la vit, par terre, se vidant de son sang, et tout ce à quoi il pouvait penser était le souvenir brûlant et doux du dernier baiser qu’il avait partagé avec elle. Il se lécha les lèvres.

Il était triste, bien sûr, mais encore sous le choc, de sa propre résolution, à tout donner pour sa cause comme il l’avait apprit auprès de son mentor auparavant. Il se recula, en titubant, se rendant compte peu à peu de l’horreur de son geste. Il sentit son cœur battre à lui rompre la poitrine, comme un roulement de tambour qui scellerait son destin après un acte impardonnable.

L’homme regarda le visage de la belle. Et soudain, il se rendit compte qu’elle le regardait avec un air triste, coupable. Il passa à nouveau la langue sur ses lèvres, et s’aperçut qu’elles étaient maintenant verte. Il comprit alors, et s’écroula raide mort aux pieds de son amour.

La porte

Il y était finalement arrivé. Le sang et la sueur se mélangeait sous son armure. Cependant, sa main d’arme était encore ferme: il ne lâchait pas la garde de sa lame, qui avait bien servi.

Il soupira en accomplissant les pas qui, il le savait, le mèneraient à la salle du trône. Enfin ! Il allait pouvoir accomplir ce qu’aucun autre aventurier n’avait accompli avant lui: défaire le Haut Mage. Finalement, il mettrait un terme à des années de tyrannie.

Il avait d’abord commencé par accomplir le rituel lui permettant de voyager dans le palais du Haut Mage. Il avait ensuite pénétré dans l’aile ouest, comme lui avait indiqué la voyante, puis traversé les salles arcaniques avant de finalement atteindre la Haute Tour. Là, il avait dû deviner l’énigme du sage. Son chemin avait été parsemé de pièges, d’embûches, et d’adversaires en tout genre. Mais, par la force de son volonté, son expérience, et sa maîtrise de l’épée, il en était venu à bout.

On disait du Haut Mage qu’il enchantait de nombreux sortilèges, des plus bizarres aux plus mortels. Oui, il connaissait les mots de pouvoir permettant de chambouler la structure même de la réalité, mais il en connaissait aussi beaucoup en illusions et en altérations de l’esprit. C’est pourquoi, l’aventurier s’était doté d’une potion de clarté qu’il avait bu, gorgée par gorgée, tout au long de son périple. Il voulait être sûr de ne pas tomber dans un des pièges du magicien.

L’aventurier porta la main à sa ceinture, et attrapa la fiole de clarté. Il l’a regarda, dans la pénombre de l’antichambre menant au palais. Le liquide lui semblait… Différent. Soudain, il ressenti une douleur intense à la tête. Voulant en finir, il bu le contenu de la fiole – jusqu’à la dernière goutte. Les détails du monde alentour devinrent scintillants à ses yeux, et il reprit confiance, son mal de crâne s’estompant peu à peu.

Il s’avança vers la porte. Cette porte, immense, était d’acier. Elle était recouverte de runes et de symboles magiques. Elle paraissait s’ouvrir sur un monde onirique, fait de nuages et d’enchantements, car sur tous ses recoins scintillaient une poudre magique. Elle était dotée d’une poignée, un anneau d’or. Pendant un instant, l’aventurier hésita. Il savait que derrière cette porte se trouvait un être abominable et qu’il devait faire quelque chose. Mais, cette beauté, cette magie qui l’entourait, était vraiment une merveille du monde, presque un art, qui évoquait en lui la paix et la contemplation. Il chassa ces idées et en tira la poignée.

Un grand flou lumineux l’éblouit. Un homme, vêtu de robes arcaniques, l’attendait. Le Haut Mage était là. Il l’attendait, souriait et ne disait rien. L’aventurier s’avança vers lui, l’épée au poing. Le sourire du Haut Mage était tranquille, comme s’il s’avait que son heure était finalement venue. Il ne fit même pas un geste pour se défendre.

L’aventurier avait maintenant un cadavre à ses pieds. Il semblait presque fantomatique. Il avait finalement réussi sa mission. Il ne chercha pas plus loin et fit marche arrière, jusqu’à retrouver la sortie du palais, au milieu des nuages. Il revint finalement à la capitale, et on l’acclama – les trompettes sonnaient pour lui. Il avait libéré le pays. Il eut enfin un sourire sur le visage. Il …

Le Haut Mage souriait. C’était toujours la même chose. Il reboucha l’élixir, posé sur la table. Dedans, on pouvait distinguer l’aventurier, minuscule, qui s’agitait, dans des nuages. Le sorcier pris le contenant de verre, et alla soigneusement le déposer sur l’étagère, à côté des autres élixirs. Sa collection s’agrandissait.

L’ombre du doute

Seigneur, donnez-moi la force de continuer à accomplir votre Divine Mission. Mon bras n’est plus aussi ferme qu’auparavant. Partout où mon regard se pose, les ombres grandissent. Je le vois un démon dominant le coin de mes yeux, hantant chacun de mes pas.

Je suis comme un marin pris dans la tempête. Je dois garder le cap, mais les flots me poussent dans le sens contraire à ma destination. Le gouvernail de bois ne tiendra pas plus longtemps, et les récifs se rapprochent; de plus en plus clairs sous la lumière des éclairs.

Est-ce ainsi le destin de tous ceux qui croient que de devoir porter le fardeau du doute ? J’ai tout sacrifié en votre nom Seigneur. Mes mains et mes lames sont pleines de sang. Pourtant, même en poussant votre enseignement jusqu’au bout, je n’ai pas la clarté et la paix à laquelle je m’attendais, non, à laquelle je devrais avoir droit.

J’ai suivi votre Principe tout le long depuis ma Renaissance. J’ai clamé Votre Nom, honoré Votre Culte, allant aussi loin que mes jambes pouvaient me porter. Et pourtant, je n’ai rien. Je ne suis que poussière en attente, destinée à s’éparpiller aux quartes vents.

Avez-Vous même encore besoin de moi ? J’en doute encore. Car que pourrais-je faire de plus en Votre Nom ? Seigneur, j’ai mérité la Paix. Mais je sais au fond de moi même que jamais Vous ne me l’apporterez. Car la foi est un combat permanent, et Vous n’attendez de Vos loyaux soldats que la force de lutter contre ce démon du doute qui nous tourmente. C’est là la fondation de Votre pensée.

Je commence à croire que mon navire a fait fausse route. Je commence à croire que les récifs sont synonymes de liberté, de délivrance. Je n’ai donc rien à faire de plus.


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