Valkyrie

L’homme s’écroula à genoux. Il ne pouvait plus respirer. Autour de lui, la désolation, la bataille, la mort, la danse du destin. Mais il sentait sa chance tourner. Il ne pourrait plus aller bien loin. L’air glacial pénétrait maintenant sous sa peaux. Sa vision devint floue.

Il avait failli, comme tous ses compagnons. Finalement, il ne seraient pas assez fort. Oui, il tomberait au combat, avec tous les honneurs. Mais ce serait une fin amère, car il ne désirait pas la gloire, ni pas les louanges, car il ne faisait que se battre que pour ce qui est juste.

Mais c’était trop difficile. L’ennemi était trop nombreux: la bataille devait être menée sur tous les fronts, et malgré le courage, malgré la cause juste, cela ne changeait rien, la loi des nombres, éternelle et absolue, l’emportait. Une tâche de sang commença à couler sous l’armure de l’homme, au niveau des genoux, tandis qu’il toussota, levant les yeux plein de larmes vers le ciel. Les gouttelettes étaient rageuses devant tant d’injustice, triste devant une fin maintenant inévitable.

Et le soleil apparu soudain dans le ciel.

Il le vit. Un éclat éblouissant, qui peu à peu prenait forme devant lui. Ce n’était pas un astre, c’est ce qu’il avait crû d’abord voir. Mais, la lumière se métamorphosa peu à peu en Reine Guerrière : une Valkyrie.

Vêtue de noire et de blanc, elle était terriblement belle et magnifiquement terrible. L’air impérieux, illuminée par un halo mystique, elle était pure, elle, la protectrice des justes, la prédatrice des faux et des cruels, l’incarnation de la glorieuse force du bien, armée dans les moments les plus sombres.

Sa magnifique chevelure resplendissait encore ses traits fins si beaux et si glacés. Sa couronne d’or et de jais lui donnait sa place de Déesse parmi les hommes. Ses tissus finement ouvragés étaient brochés par des bijoux d’un or pur, luisant, comme ouvragés au sein même du soleil. Ses yeux brûlaient du feu de la justice, de la vengeance, et du courage, et du combat contre la corruption. Elle tenait à la main, silencieuse, dangereuse, une épée forgée dans les fleuves sanglants de la Guerre, quelle pointait sur l’homme.

Ce dernier fut abasourdi par son apparition. Il était certain que la fin était arrivée. Mais quelle vision finale!

Alors, elle lui parla:
« Guerrier, ton Heure n’est pas encore venue.
Guerrier, retrouve ta vigueur, je te l’ordonne, car tu dois encore te battre,
Guerrier, jusqu’à l’aurore tu combattra, et à chaque heure qui passe tu te sentira,
Guerrier, te rapprocher de moi, le courage, la justice, la Vertu même.

Tu es maintenant mon avatar. Sois digne de cette marque. Sois mon champion, je t’appelle et je te nomme, dresseur de mort, briseur des fils du destin. A la guerre!
Alors, Guerrier, lève-toi! »

Et sur ces mots, elle leva son épée, et au fur et à mesure, l’homme se sentit propulsé sur ses pieds. Et il regarda, et vit que ses tatouages brillaient, et vit que la Valkyrie lui avait redonné la force, qu’elle lui avait redonné le courage dont il manquait, l’occasion de manier son arme, de se battre pour la justice.

Une fois remis sur pieds, il s’aperçut que la Valkyrie s’entoura de grandes ailes célestes composes de plumes blanches immaculées. Et elle s’envola, toujours en fixant l’homme du regard, et il crut voir juste avant qu’elle ne disparaisse un sourire sur ses lèvres.

L’homme ramassa son arme, en pensant à ce sourire étincelant, celui d’une confiance aveugle qu’avaient les Dieux en son combat. Il repartit à l’assaut.

Le paladin de lumière

Le silence avait suivi la tempête. Le champ de bataille était maintenant calme. L’attaque avait été si soudaine, si violente, qu’on avait du mal à imaginer qu’il pourrait encore y avoir un après.

Les géants avaient encore semé la destruction sur leur passage. La ville ravagée en témoignait: la muraille était endommagée à plusieurs endroits, l’écurie avait été écrasée par une statue, et nombre de citoyens avait péri plus par la cité s’écroulant sur eux-même que par la force des armes des colosses.

Suite au combat, le paladin au sang draconique tenait encore debout, bien que chancelant. Lui et ses compagnons avaient défait les colosses. Il regarda autour de lui, tentant de trouver un sens à tous ces combats, à toute cette violence. Plus aucun ennemi n’était en vu. C’était le côté positif des choses. Le côté négatif… C’était la mort et la destruction qu’il voyait autour de lui.

Un marchand, écrasé par sa propre brouette. Trois réfugiés, piétinés par l’un des géant. Une femme, tuée dans un éboulement. Il l’a regarda, avec désespoir. Pourquoi ? Pourquoi était-ce ainsi. De rage, il leva les yeux vers le ciel d’automne, cherchant une raison, une logique à tout cela.

Puis, il ressentit la présence de son dieu. Son dieu de lumière. Et il frissonna, à ce contact divin: ainsi, son Saint Patron ne l’avait pas abandonné. Il garda la foi. Et, d’un pas décidé, il s’avança vers l’inconnue, qui avait perdu la vie au cour de la bataille. Elle gisait, sous des rochers. Il s’agenouilla auprès d’elle, et prit une profonde inspiration.

D’un coup, une puissante lumière émana de lui. Il avait le Don de la vie. Il s’avait qu’il ne pouvait utiliser le Don qu’une seule fois. Mais c’était sa vocation: l’être de lumière qui allait repousser les obscurités des ténèbres et de la guerre. Il lui fit le baiser de vie. Lentement, la lumière émana vers elle, et lentement, elle commença à la rappeler au monde des vivants, tandis que le paladin brillait dans les décombres.

Ce n’était plus un mortel. Non, cette figure n’était plus le paladin. C’était un ange, généreux, bienveillant, venu rallumer la lumière dans notre monde.

La jeune fille ouvrit les yeux.

Les cimes du nord

 Ha, les fiers cimes du Nord,
Depuis si longtemps je ne vous ai pas revues,
L'éclat de vos pics, fiers et invaincus,
Est inégalé, de l'aube à l'aurore.

Pourtant terre inhospitalière,
Ce pays en moi est ancré,
Je suis loin de mon foyer, loin de ma terre.
Que ne donnerais-je pas pour une fois encore,
Ressentir le froid mordant et désolé,
Entendre l'appel du loup solitaire,
Pour moi l'épaisse neige de la lande vaut plus que tout autre trésor.

Cette lande est sans loi, mais pleine de justice,
On y est libre, mais soumis à la dureté de la nature,
Personne ne s'en prétend maître, mais tout le monde du haut des cimes se sent Roi.
La beauté des montagnes, blanches et pures,
Me font toujours verser des larmes bienfaitrices.

Ho pays, quand sentirais-je à nouveau ton air immaculé,
Trop longtemps j'ai vagabondé, trop loin de mon berceau,
Les monts imposants recouverts de forêts enneigées,
Puisque c'était ma naissance, tout cela devra aussi être mon tombeau.

Ce cirque

Le monde est un cirque. Un cirque en flammes.

Certains courent autour du feu, l’air affolé.
D’autres essayent de l’éteindre, à l’aide de pistolets à eau.
Les clowns donnent les ordres, en disant de leur voix grave: « Toi! A gauche! Toi! A droite! »
Mais tout le monde sait qu’ils ne font pas avancer les choses non plus.

Parfois, on entend le bruit des acrobates qui tentent malgré tout de faire leur travail, alors que leur corde est en feu.
Les éléphants peinturlurés s’échappent, et piétinent les spectateurs, le maître de scène les attends à la sortie, réclamant son dû, l’air agacé.

La musique de cirque tourne en boucle, et elle ne s’arrête plus. Seulement, une des enceintes est cassée, alors elle émet un son distordu.

Finalement, le dresseur s’avance sur la scène, ivre mort, dans une tenue en lambeaux qui commence à prendre feu. Il s’empare du micro et toussote, avant de déclarer: « J’ai une idée de comment résoudre le problème… »

Le monde ne prend pas son souffle, comme il s’y attendait. Tout se chamaille toujours autour de lui: le bordel n’en finit pas.

« Je ne suis pas sûr d’avoir compris tous les tenants et aboutissants, mais je pense que… que.. hips… il faut plus de whisky. »

Il s’écroule sur la scène, et s’enflamme d’un coup.

La patience

La patience est mère de vertu, dit-on,
Je trouve cela fort exagéré,
Attendre le dégel, pas question,
Vivez quand vous vivrez, riez quand vous rirez.

Mais parfois, pas le choix car tout,
Nous ne contrôlons pas,
Alors envers et contre tout,
Ne soyez pas rabat-joie.

La toile

Enfin paré de sa tenue officielle, le Second Lieutenant-Chasseur Adali s’avança dans les couloirs de l’Inquisitorium. Le Primat Investigator était dans les scellés de troisième grade, qui contenaient les reliques les plus dangereuses pour l’ordre.

Il dévala les escaliers en colimaçon, emprunta l’allée à sa droite, et suivi une autre volée de marches qui l’amenait encore plus bas dans le bâtiment. Adali arriva à une coursive puis entra dans la section des scellés. Le Gardien Librarium le regarda d’un air fatigué. Il semblait être en train de garder la porte depuis un long moment. Sa tonsure et ses yeux cernés contrastaient avec sa tenue noire à haut col.

« Le Primat Investigator a spécifiquement demandé à n’être dérangé sous aucun prétexte. Je ne dois laisser personne entrer.
– Et quand fut donné cet ordre précisément ?, s’impatienta Adali.
– Cela remonte à il y a maintenant deux jours, je crois, bailla le gardien. J’ai gardé cette porte depuis lors. C’est mon devoir. Vous n’entrerez pas. »

Le Second Lieutenant-Chasseur le considéra avec un moment d’un œil noir. Ce n’était pas le moment de perdre du temps sur des considérations de second ordre. Il demanda d’un ton sec:
« Et on peut savoir ce qu’il fabrique là-dedans ?
– Bien que les affaires du Primat Investigator ne regardent que lui et le Commissaire Papal en personne, je peux seulement vous répondre qu’il travaille sur une affaire. Il a fait venir la Brigade de la Justice avec des pièces à convictions de grande taille qu’il juge particulièrement dangereuses. Il a même parlé d’exorcisme. Il a réservé la salle close, et a fait mander plusieurs de ses contacts. Il a même cloisonné les scellés jusqu’à nouvel ordre. D’où l’interdiction d’y entrer. »

Adali haussa un sourcil. Cela était certainement bien curieux… Et cela ne suivait certainement pas le protocole d’un inquisiteur. Quoi qu’il faisait à l’intérieur, il ne pouvait s’agir d’une mission officielle.

« Je vois. », répondit l’officier d’un ton calme. Sans se démonta, il saisit une délicate bourse pourpre et brodée qu’il avait sur lui sous sa tunique, dans une poche au niveau de la poitrine. Il l’ouvrit et en retira une chevalière, qu’il posa sur le bureau du gardien sans dire un mot, le symbole tourné vers lui. Il toussota et lui lança un regard noir.

Le gardien s’intéressa à l’objet et s’aperçut tout de suite du phoenix aux ailes d’anges qui décorait la bague. Son visage blêmit et il bredouilla:
« Ce… C’est un anneau de Cardinal Repenteur. Cela veut dire que… je… »
Et il s’empressa d’aller ouvrir la porte menant aux scellés et de conduire Adali à l’intérieur. Ce dernier se contenta de répondre en reprenant soigneusement l’anneau d’un ton glacial:
« Faites donc. »

Au fond du couloir se trouvait une pièce isolée aux épais murs de pierre. Ces derniers étaient recouverts de runes de magie blanche, d’écritures saintes, ainsi que de marques de sang des fidèles les plus zélés qui avaient contribué à bénir cette salle. Dans les scellés, qui étaient tenus dans une presque obscurité pour des raisons de sécurité, elle avait une allure presque mystique qui impressionna comme à chaque fois Adali.

Le gardien inséra la clé dans une des serrure, et la double porte de la Salle Close s’ouvrit dans un bruit lourd. Adali fut surpris de ce qu’il trouva à l’intérieur.

Il y avait tout d’abord un rayon de lumière, en provenance du plafond, qui illuminait au centre de la pièce une peinture. Cette peinture était grande, plus qu’un homme, et elle représentait dans des couleurs bigarrées et incompréhensibles des enfants gravissant un immense escalier en colimaçon. L’escalier semblait par un jeu de la perspective infini. L’imagerie était imprécise, presque rêveuse, mais pleine de vie. La toile était maintenue dans un cadre d’or gravé et orné des symboles de l’église: croix et ornements habituels. Elle était exposée sur un simple chevalet, lui même installé sur une petite estrade de pierre qui devait assurément normalement servir à d’autres occupations que celle d’exposer des œuvres d’arts.

Devant la toile se tenait un homme, dos tourné à l’entrée. Il était assez grand, massif, aux larges épaules. Il avait une très épaisse et majestueuse chevelure blonde, qui dominait avec force et panache son physique. Sa tenue de Primat Investigator était loin d’être aussi sobre de celle d’Adali, qui était plus fonctionnelle: un épais manteau d’un cuir noir sur lequel avait été scellés des pages des annexes de la seconde Recopie à l’aide d’une cire de jais ornée des sceaux de l’apocalypse, des épaulettes d’or avec des écussons arborant des ailes d’anges et des épées de justice, un baudrier marron couvert d’autres écritures saintes au fil d’or ; lustré par le sang des preux ; une épée inquisitoriale aux cinq joyaux de feu sur le côté dans un fourreau au métaux précieux et gravés. L’homme avait les mains croisées derrière le dos.

L’Investigator ne dit rien malgré l’intrusion. Il semblait captivé par la peinture. Le gardien se lança dans une justification:
« Primat, ce n’est que par la nécessité la plus pressante que je viens perturber vos affaires. Il s’avère que l’homme qui m’accompagne est en mission d’extrême importance et.. »
Il s’attendait à être coupé à tout moment par le Primat. Mais ce dernier avait une patience infinie et le laissa terminer. Le gardien fut même gêné que ce ne fut pas le cas, car il ne savait pas quoi ajouter d’autre.
« Et… Voici donc avec moi l’homme que j’ai laissé entré. Je sais que vous saurez me pardonner cette intrusion. Je retourne à mon poste maintenant. Je m’en vais. Merci Primat. Au revoir Primat. »
Il s’inclina avec maladresse et quitta la pièce d’un pas précipité. L’Investigator ne s’était toujours pas retourné. Adali se lança:
« Cette oeuvre est récente. Elle n’a plus de cinq ans. Elle ne provient pas d’un artiste célèbre. C’est du travail d’amateur. »
Markus Elwanil se retourna en riant aux éclats. Son visage, radieux, avait des traits masculins, presque guerriers, déterminés: une mâchoire forte, des yeux perçants, des joues plates et symétrique, un menton avancé. Ses yeux d’un bleu de glace était plissé par le rire de baryton qui agitait les lèvres. Comme si Adali venait de faire une réflexion humoristique.

Ce dernier s’aperçut alors que Markus avait également des oreilles en pointe. Un elfe !

Note: vous n’avez pas fini d’entendre parler d’Adali et de Markus Elwanil

Friendship is magic

Les graines de l'amitié se sèment
Mais ne se récoltent pas toujours
Souvent, la vie nous amène,
A prendre des inattendus détours.

Pourtant, quand elles résistent à la pluie et au vent,
Et que grandit cette force entre deux âmes,
C'est de l'amour, de la camaraderie, des sentiments,
Qui lie ces protagonistes, hommes ou femmes.

Une fois à âge adulte, la grande amitié résiste à tous,
Aux tempêtes des discordes, aux changements, à la séparation,
Se retrouver après quinze ans n'a rien changé du tout,
Peu importe la distance, peu importe la destination.

Anges gardiens sans torts et sans reproche,
Confidents muets, persuasifs et inspirants,
Toujours loyaux et toujours au poste,
Jamais les attachés abandonnent en soupirant.

A leur côté le temps perd de son importance,
Une seconde, une minute, une heure, il s'écoule si vite,
On aimerait le ralentir, on demande clémence,
Pour profiter de ces instants mythiques.

Les amis illuminent pour toujours les sentiers de la vie,
Et pour cela tout sacrifice est valable,
Personne ne pourra faire oublier des vrais amis,
Car sans eux tout sera alors si fade…