Ce cirque

Le monde est un cirque. Un cirque en flammes.

Certains courent autour du feu, l’air affolé.
D’autres essayent de l’éteindre, à l’aide de pistolets à eau.
Les clowns donnent les ordres, en disant de leur voix grave: « Toi! A gauche! Toi! A droite! »
Mais tout le monde sait qu’ils ne font pas avancer les choses non plus.

Parfois, on entend le bruit des acrobates qui tentent malgré tout de faire leur travail, alors que leur corde est en feu.
Les éléphants peinturlurés s’échappent, et piétinent les spectateurs, le maître de scène les attends à la sortie, réclamant son dû, l’air agacé.

La musique de cirque tourne en boucle, et elle ne s’arrête plus. Seulement, une des enceintes est cassée, alors elle émet un son distordu.

Finalement, le dresseur s’avance sur la scène, ivre mort, dans une tenue en lambeaux qui commence à prendre feu. Il s’empare du micro et toussote, avant de déclarer: « J’ai une idée de comment résoudre le problème… »

Le monde ne prend pas son souffle, comme il s’y attendait. Tout se chamaille toujours autour de lui: le bordel n’en finit pas.

« Je ne suis pas sûr d’avoir compris tous les tenants et aboutissants, mais je pense que… que.. hips… il faut plus de whisky. »

Il s’écroule sur la scène, et s’enflamme d’un coup.

L’île

Si demain je partais sur une île déserte, j’emmènerais un appareil photo. Me baladant sur la plage inoccupée, les jungles exotiques abandonnées, jamais je ne perdrais l’occasion de documenter la solitude à l’état pur.

Peu à peu, les pellicules me permettraient de combattre mes fantômes et mes démons, que prouvant que je reste seul, bien que la folie naissante essayerait de me faire croire le contraire.

Les instantes me retiendraient au présent par une fine ficelle, décordée peu à peu, mais au moins j’affronterais ce que personne n’a jamais affronté: soi-même.

C’est alors que, au fur et à mesure, je me rendrais compte que mes photos deviendront imprécises, brumeuses. Les étoiles seraient fades, les journées longues, sans but, les contours de l’île peu à peu indéfinissables, est-ce le sable, la mer, je ne le saurais plus bien.

Finalement, elles deviendraient juste un flot de blanc.
Alors, j’aurais atteint le cap de non retour;
Alors, les photos ne seraient plus blanches.
Alors, elles ne dépendraient que moi.
Alors, je ne serais plus seul…