Eskalar Van se tenait appuyé contre le mur, à bout de souffle. Il entendait autour de lui les bruits de bataille dans la citadelle. Couvert de sang, blessé au côté, il utilisait l’épée dans sa main droite comme une cane, se traînant contre la paroi, mètre après mètre, pas chancelant après pas chancelant.

Malgré son entaille, il fulminait de rage. Comment avaient-ils osés? Il se demande un instant si c’était la force de sa fureur qui le faisait tenir malgré la douleur. Qu’importe! Il n’avait pas encore donné son dernier souffle. Il tenta de se concentrer sur la seule chose qui comptait désormais: sa survie.

Il avança encore dans le couloir, aussi rapidement que possible. Son corps coopérait à peu près, à l’inverse de son esprit qui refusait de le laisser se concentrer et rejouait la scène en boucle: les assassins sortis de l’ombre, dagues à la main, se jetant sur lui, son propre chef de la garde qui refermait la porte sur ce piège mortel. Il avait été trahi, par ses propres soldats, ses gardes du corps.

Ses réflexes de duelliste l’avaient sauvé de justesse. D’un geste foudroyant, il avait lancé son poignard sur l’un, paré le second en bloquant son poignet à l’aide de son coude, mais il n’avait pu éviter la lame du troisième, malgré sa contorsion. Son esquive avait empêché que l’arme ne s’enfonce trop profondément dans son flanc. Il avait tournoyé sur lui même pour se dégager, tout en retournant le poignard du deuxième assassin contre le troisième. Finalement, il était parvenu à s’enfuir, chancelant.

Il pesta, empruntant une porte et arrivant dans une chambre à coucher. Elle était partiellement dans l’ombre, éclairée par plusieurs bougie. Son occupante avait dû fuir peu de temps avant qu’il n’arrive, car les draps étaient défaits. La douleur lui fit un instant tourner la tête, et il s’assit lourdement sur le lit, la main sur sa plaie. Machinalement, son regard se porta sur le miroir qu’y était dans la pièce.

Il y vit un monstre. Ensanglanté, ses traits étaient durs, tyranniques. Ses yeux, rouges de sang, semblaient souligner la malignité de sa bouche cruelle. Ses cheveux blancs tirés en arrière étaient souillés. Son nez pointu semblait se retrousser comme un animal qui montre les crocs.

Et il comprit. Pour la première fois depuis des années, il se vit clairement. Il avait dirigé longtemps, mais sans partage. Il avait désassemblé des hommes et des vies, arbitrairement, injustement, pour son nom, son pouvoir et sa fortune. Il avait brisé l’harmonie, et il régnait par la peur et non par l’amour. La justice n’était dispensée qu’aux plus offrants, et toute sa pyramide hiérarchique était corrompue.

En réalité, c’est lui qui avait trahi, et pas l’inverse. Si son propre chef des gardes avait cherché sa mort, ce n’était que pour sa propre sécurité. C’était un fou dont ses gens cherchaient à se protéger.

Il vit la silhouette du troisième assassin derrière lui. Et il sentit son cœur être transpercé.

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